Le texte de ma dernière chronique à Drapeau Noir. Y a des problèmes de fluidité (car cent fois sur le métier...), mais bon, y en a qui trouvent ça drôle. Fais-toi plaisir:
La gentrification
« Moi, là, moi, là, là, je ne suis plus capable. NON! Je ne suis plus capable! Et pourtant Dieu sait que j'ai tout donné pour ma communauté! Oh oui, j'ai fait tout ce que faire se peut. J'ai été constante et j'ai été là et j'ai donné l'exemple. Mais non, rendu à ce point-ci, ça suffit! C'est inacceptable. Je ne saurais tolérer davantage les vicissitudes abjectes et de ces gens indécrottables.
Après toutes les années que j'ai mises à aménager mon appartement, à aménager ma cour, à aménager ma ruelle, à aménager mes voisins, à aménager mon quartier, je jette le gant de kid et l'éponge de loofah certifié bio.
Tout ce lavandula hybrida grosso planté dans les saillies des trottoirs par mes soins! Cette livèche du terroir issue de semences ancestrales amoureusement semée dans les terrains vagues! Et à quoi bon, je vous le demande? Ces gens n'ont jamais eu la moindre gratitude pour tous mes soins et tous mes efforts! Bande d'ingrats! Ces déchets humains d'ostie de BS générationnels de sans-desseins ataviques s'en sont allés pisser dans mes plate-bandes et pas que métaphoriquement, oh que non, madame!
À 4 heures du matin bien soûls, hurlants et braillants, empestant le brassin médiocre tel qu'on le débite au Bar Lasalle, je les ai vus, de derrière mon rideau en cretonne directement importée de Normandie, épandre leurs mictions vineuses sur mes boutures chéries!
Et si ce n'était que de ça! Mais c'est que les offenses de toutes sortes pleuvent sans cesse sur nos pauvres épaules courbées de professionnels qui bossent dur!
À croire que le concept de propriété privé n'existe pas pour ces sauvages! Toutes les fois où j'ai dû alerter la police pour leur signaler la présence malfaisante de ces romanichels tout droit sortis de la Cour des Miracles sur mon terrain ou dans mon abri tempo ou sous mes fenêtres! Toutes les fois où leurs cris de hyènes abruties nous ont tiré du sommeil du juste, moi, mon mari, mes enfants.
Parce qu'il y a mes enfants aussi qui sont forcés de côtoyer jour après jour toutes ces torpitudes! Ah oui, y a mes enfants! Ils y pensent, à mes enfants, les dégénérés hurlant à la lune qui pourrissent la quiétude de nos nuits?
Et il faudrait que j'expose ma précieuse progéniture promise à un si brillant avenir, élevée consciencieusement dans le respect des arts, des sciences, des lois et de la culture, abreuvés au lait de chèvre éthiquement responsable, enduis de manières et de savoir-vivre, on me demanderait de les frotter à cette racaille puante qui dégueule son joual infect dans les cours des écoles, de les exposer aux seringues sales jetées avec le plus grossier manque de civisme en plein espace public, mon espace public auquel j'ai droit du droit le plus fondamental?
Il faudrait que je tolère ces femmes de mauvaise vie qui s'accouplent comme des chiennes à quelques mètres de leurs visages purs qui semblent taillés dans le marbre de Paros le plus blanc? Je devrais d'un sourire compatissant expliquer l'horreur perpétrée par ces animaux à ces êtres innocents et sans défenses? Non, mais pourquoi pas les faire marcher pieds nus dans des bouteilles de bières cassées et pleines de salive de sidéen, tant qu'à faire?
Et que dire du non-respect de nos espaces de stationnement! Les vignettes, ça a pas été inventé pour les animaux, mais à les voir aller, on se le demande!
Alors NON, je ne tolère plus, je ne compatis plus, je quitte le quartier!
Oui, vous avez bien entendu!
Je vous abandonne à votre saleté et c'est bien fait pour vous! C'est tout ce que vous méritez, de vous passer de moi et de ma famille! Vous allez voir comment ça va se passer la revitalisation d'Hochelaga, sans moi, mon mari, mon appartement, mes enfants, nos grosses jobs, notre culture, notre précieuse, précieuse implication!
Quand je pense que tout à fait bénévolement, je me promenais à des heures indues pour vaporiser d'huile de truffes noires de Sardaigne les beignes sordides des clients sordides du sordide Tim Hortons! Je m'y prenais en m’immisçant par-dessus leur épaule, vainquant mon dégoût bien naturel pour leurs effluves de crasse, profitant d'un moment de leur fuyante attention, pour rester anonyme comme seul sait l'être le vrai chrétien et pschitt! Un geste plein d'abnégation, vraiment.
On penserait que contre une telle mansuétude, un tel désintéressement, j'aurais au moins un merci?
Certes pas! Ces rustres ont eu le culot de m'insulter dans un dialecte que rendait incompréhensible leur manque de dents de junkies fumeux de roche détruits du mental!
D'autres se serait laissé décourager, mais non pas moi! Oh, que nenni!
N'écoutant que mon ardente conscience sociale, je me suis munie à mes frais de disques édifiants, comme Einstein on the Beach de Philip Glass et les Electronic Studies de Stockhausen et je les ai distribués à l'homme de la rue.
Eh bien croiriez-vous qu'on me les a jetés au visage, mes cadeaux! L'un des malotrus m'a même rétorqué fort grossièrement : « J'en veux pas de ton christ d'ostie de CD à marde! »
C'en était vraiment trop!
Si c'est ça la mixité sociale, eh bien NON MERCI!
Une vie de quartier, ça doit venir de l'effort de tous et trop de « citoyens » ici sont d'un égoïsme et d'un irrespect trop flagrant pour que nous voulions continuer à vivre parmi eux!
Adieu Hochelaga, j'aimais beaucoup tes loyers, mais y a toujours ben une limite! »
dimanche 6 septembre 2015
samedi 18 avril 2015
Exercice d'empathie no. 1
T'as soif. T'as soif d'être aimée et
d'être regardée et d'être au centre.
C'est une soif inextinguible et ce qui pourrait la désaltérer est intangible et élusif.
Je peux comprendre ça.
Alors tu prends une histoire, celle qui t'arrive en ce moment, disons. Genre on t'a fait quelque chose de bien désagréable. C'est vrai, je suis d'accord, ce qui se passe est très poche, mais j'ai vraiment pas envie d'en parler parce que ça ne me concerne vraiment pas. Alors voilà, tu prends cette histoire-là, tu la tournes en longue complainte souffrante et sublime où tu tiens le premier rôle, celui de la victime parfaite et éplorée. Tu te mets directement dans la mire des regards, tu les concentres sur toi. Tous les yeux braqués sur ta souffrance t'exaltent, ce sont comme de multiples alluvions qui coulent enfin dans la plaine aride qui est en toi.
Donc tu exécutes ton espèce de danse de la pluie et elle ne doit pas manquer de grâce, parce qu'elle captive et continue de captiver.
Cependant, il faut la soutenir, la danse, et c'est pas évident.
Qui ne se fatigue pas d'entendre sans fin la même histoire sans résolution?
Il faut donc passer à l'étape suivante, laquelle est fort délicate.
C'est-à-dire qu'il faut que les yeux restent braqués sur toi. Sinon, tu cesses d'exister. Tu retomberais dans cet endroit creux et vide qui est insupportable.
Pour ce faire, il faut créer une forme de récompense contre toute cette attention. C'est un échange après tout; on n'obtient jamais les regards contre rien pantoute.
Alors ce que tu fais, et le procédé est assez habile, c'est que tu crées une exclusivité dans cet échange.
Ton histoire commodément réécrite en tragédie est réservée à certains auditeurs choisis, lesquels le sont en fonction de leur adhésion inconditionnelle à ton discours. Je m'explique: tu choisis les auditeurs qui ne te contrediront pas, ceux qui sont absolument solidaires, qui ne te remettront surtout pas en question, qui te noient de cette bienfaisante et irrésistible sollicitude sur commande, ceux qui, finalement, sont crédules et aisément manipulables.
C'est un charme fort et fragile à la fois. Un rien suffirait à le faire vaciller; une voix un peu plus forte que la tienne et les regards se détournent. Cela te serait insupportable, n'est-ce pas?
Comme il ne faut absolument pas que cela survienne, il faut cimenter cette exclusivité.
Et c'est là que la médisance embarque.
C'est une médisance subtile, mais qui n'en reste pas moins abjecte. Tu instigues un genre de procès larvé contre ceux qui te dérangent : ça, c'est tous ceux qui soit commandent les regards, soit ne t'accordent pas le leur.
Moi, je sais faire partie de ceux qui te spolient des précieux regards que tu convoites pour ton usage exclusif parce que je parle fort, parce que j'essaie d'être drôle et qu'à ton grand courroux, ça marche quand même assez régulièrement.
Je vais te faire une confidence : moi aussi, j'ai un grand creux en moi. Une plaine aride. Une soif que rien ne saurait soulager. C'est parce que je veux la même chose que toi : être aimée et être regardée et être au centre.
Je suppose que la différence entre toi et moi, outre les moyens employés, est que tu ne supportes pas qu'on veuille la même chose que toi. Tu prends ça pour de la compétition, si j'ai bien compris.
Alors, voilà : if you can't join 'em, beat 'em, non? Je veux dire, tu dois l'admettre : t'es incapable de répondre directement, t'as pas de répartie et t'es pas très amusante. Le seul choix pour toi est de saboter ceux qui ne se soumettent pas à ton credo.
Je sais pas exactement comment tu t'y es pris pour le sabotage. J'ai cru comprendre que tu as utilisé une tactique à la George W. Bush: ils sont soit avec nous, soit contre nous. Je trouve ça extraordinaire que ça ait marché et je me dis que ça doit être parce que tes élus sont vraiment bien naïfs.
Ça me fait de la peine tout ça, parce qu'encore une fois, moi, tout ce que je veux, c'est ce que toi tu veux aussi: être aimée, regardée, être au centre. Avec de tels besoins, le pire qui pourrait m'arriver, c'est ce que tu as réussi à accomplir, soit me faire rejeter.
Et je sais, puisque je te comprends, que c'est aussi le pire qui pourrait t'arriver.
D'ailleurs à ce sujet-là, j'ai d'assez mauvaises nouvelles pour toi. En agissant comme tu le fais, ça va finir par t'arriver aussi.
Soyons réalistes: en ce moment, tu as ce que tu désires parce que l'équilibre est maintenu. Tu suscites la compassion laquelle te procure tant de plaisir que ceux qui te l'accordent se sentent utiles et bons. Il est doux dans l'existence de se sentir aussi important, aussi tes séides continuent-ils de te la prodiguer sans arrière-pensées. Ils ne savent pas que dans la compassion, c'est pas la compréhension que tu recherches réellement, mais l'attention.
Tout ce qu'ils savent, eux, c'est que tu souffres, qu'ils sont là pour toi et qu'ils sont donc des bonnes personnes si ce n'est pas des justes en odeur de sainteté.
De vrais chevaliers servants!
Sauf qu'éventuellement, ça finit par fatiguer, la compassion. Même le plus preux des chevaliers servants se tanne d'avoir toujours à faire montre de commisération envers d'éternelles litanies, les plus déchirantes soient-elles. Ça fait son temps dans une relation. Il y a un point où les gens veulent plus que de servir de grands déversoirs pleins d'abnégation et franchement, c'est bien normal. Eux aussi ont besoin d'être écoutés, tu sais. Le partage, ça doit pas aller dans un seul sens. Il faut dire que j'ai l'impression que t'es pas ben bonne là-dedans, le partage.
Ça va peut-être être long avant qu'ils réalisent qu'ils se font utiliser. Que leur relation avec toi est à sens unique.
Mais quand ils vont s'en rendre compte, ça risque d'être assez déplaisant pour toi.
Il faut que tu comprennes que t'es vraiment pas la première personne se comportant ainsi que je rencontre. Je peux t'affirmer avec certitude que ces games-là, ça finit toujours comme ça, par le rejet et l'exclusion.
C'est une soif inextinguible et ce qui pourrait la désaltérer est intangible et élusif.
Je peux comprendre ça.
Alors tu prends une histoire, celle qui t'arrive en ce moment, disons. Genre on t'a fait quelque chose de bien désagréable. C'est vrai, je suis d'accord, ce qui se passe est très poche, mais j'ai vraiment pas envie d'en parler parce que ça ne me concerne vraiment pas. Alors voilà, tu prends cette histoire-là, tu la tournes en longue complainte souffrante et sublime où tu tiens le premier rôle, celui de la victime parfaite et éplorée. Tu te mets directement dans la mire des regards, tu les concentres sur toi. Tous les yeux braqués sur ta souffrance t'exaltent, ce sont comme de multiples alluvions qui coulent enfin dans la plaine aride qui est en toi.
Donc tu exécutes ton espèce de danse de la pluie et elle ne doit pas manquer de grâce, parce qu'elle captive et continue de captiver.
Cependant, il faut la soutenir, la danse, et c'est pas évident.
Qui ne se fatigue pas d'entendre sans fin la même histoire sans résolution?
Il faut donc passer à l'étape suivante, laquelle est fort délicate.
C'est-à-dire qu'il faut que les yeux restent braqués sur toi. Sinon, tu cesses d'exister. Tu retomberais dans cet endroit creux et vide qui est insupportable.
Pour ce faire, il faut créer une forme de récompense contre toute cette attention. C'est un échange après tout; on n'obtient jamais les regards contre rien pantoute.
Alors ce que tu fais, et le procédé est assez habile, c'est que tu crées une exclusivité dans cet échange.
Ton histoire commodément réécrite en tragédie est réservée à certains auditeurs choisis, lesquels le sont en fonction de leur adhésion inconditionnelle à ton discours. Je m'explique: tu choisis les auditeurs qui ne te contrediront pas, ceux qui sont absolument solidaires, qui ne te remettront surtout pas en question, qui te noient de cette bienfaisante et irrésistible sollicitude sur commande, ceux qui, finalement, sont crédules et aisément manipulables.
C'est un charme fort et fragile à la fois. Un rien suffirait à le faire vaciller; une voix un peu plus forte que la tienne et les regards se détournent. Cela te serait insupportable, n'est-ce pas?
Comme il ne faut absolument pas que cela survienne, il faut cimenter cette exclusivité.
Et c'est là que la médisance embarque.
C'est une médisance subtile, mais qui n'en reste pas moins abjecte. Tu instigues un genre de procès larvé contre ceux qui te dérangent : ça, c'est tous ceux qui soit commandent les regards, soit ne t'accordent pas le leur.
Moi, je sais faire partie de ceux qui te spolient des précieux regards que tu convoites pour ton usage exclusif parce que je parle fort, parce que j'essaie d'être drôle et qu'à ton grand courroux, ça marche quand même assez régulièrement.
Je vais te faire une confidence : moi aussi, j'ai un grand creux en moi. Une plaine aride. Une soif que rien ne saurait soulager. C'est parce que je veux la même chose que toi : être aimée et être regardée et être au centre.
Je suppose que la différence entre toi et moi, outre les moyens employés, est que tu ne supportes pas qu'on veuille la même chose que toi. Tu prends ça pour de la compétition, si j'ai bien compris.
Alors, voilà : if you can't join 'em, beat 'em, non? Je veux dire, tu dois l'admettre : t'es incapable de répondre directement, t'as pas de répartie et t'es pas très amusante. Le seul choix pour toi est de saboter ceux qui ne se soumettent pas à ton credo.
Je sais pas exactement comment tu t'y es pris pour le sabotage. J'ai cru comprendre que tu as utilisé une tactique à la George W. Bush: ils sont soit avec nous, soit contre nous. Je trouve ça extraordinaire que ça ait marché et je me dis que ça doit être parce que tes élus sont vraiment bien naïfs.
Ça me fait de la peine tout ça, parce qu'encore une fois, moi, tout ce que je veux, c'est ce que toi tu veux aussi: être aimée, regardée, être au centre. Avec de tels besoins, le pire qui pourrait m'arriver, c'est ce que tu as réussi à accomplir, soit me faire rejeter.
Et je sais, puisque je te comprends, que c'est aussi le pire qui pourrait t'arriver.
D'ailleurs à ce sujet-là, j'ai d'assez mauvaises nouvelles pour toi. En agissant comme tu le fais, ça va finir par t'arriver aussi.
Soyons réalistes: en ce moment, tu as ce que tu désires parce que l'équilibre est maintenu. Tu suscites la compassion laquelle te procure tant de plaisir que ceux qui te l'accordent se sentent utiles et bons. Il est doux dans l'existence de se sentir aussi important, aussi tes séides continuent-ils de te la prodiguer sans arrière-pensées. Ils ne savent pas que dans la compassion, c'est pas la compréhension que tu recherches réellement, mais l'attention.
Tout ce qu'ils savent, eux, c'est que tu souffres, qu'ils sont là pour toi et qu'ils sont donc des bonnes personnes si ce n'est pas des justes en odeur de sainteté.
De vrais chevaliers servants!
Sauf qu'éventuellement, ça finit par fatiguer, la compassion. Même le plus preux des chevaliers servants se tanne d'avoir toujours à faire montre de commisération envers d'éternelles litanies, les plus déchirantes soient-elles. Ça fait son temps dans une relation. Il y a un point où les gens veulent plus que de servir de grands déversoirs pleins d'abnégation et franchement, c'est bien normal. Eux aussi ont besoin d'être écoutés, tu sais. Le partage, ça doit pas aller dans un seul sens. Il faut dire que j'ai l'impression que t'es pas ben bonne là-dedans, le partage.
Ça va peut-être être long avant qu'ils réalisent qu'ils se font utiliser. Que leur relation avec toi est à sens unique.
Mais quand ils vont s'en rendre compte, ça risque d'être assez déplaisant pour toi.
Il faut que tu comprennes que t'es vraiment pas la première personne se comportant ainsi que je rencontre. Je peux t'affirmer avec certitude que ces games-là, ça finit toujours comme ça, par le rejet et l'exclusion.
Je peux pas vraiment dire que je te le
souhaite. Si ça t'arrive et que tu ne comprends pas pourquoi, tu vas
juste répéter tes comportements malsains. Je sais que c'est pas la
première fois que tu fais ça en plus et que ce sera pas la première
fois que tu vas te retrouver seule.
Ce que je te souhaite vraiment, en fait, c'est que tu finisses par comprendre à quel point tout ça est pathétique et infantile. Je te souhaite une épiphanie. Je te souhaite de grandir. Je te souhaite d'apprendre à obtenir l'attention sans que ce soit au détriment d'autrui.
Et je sais que tu peux y parvenir puisque moi, j'y suis parvenu.
Ce que je te souhaite vraiment, en fait, c'est que tu finisses par comprendre à quel point tout ça est pathétique et infantile. Je te souhaite une épiphanie. Je te souhaite de grandir. Je te souhaite d'apprendre à obtenir l'attention sans que ce soit au détriment d'autrui.
Et je sais que tu peux y parvenir puisque moi, j'y suis parvenu.
mardi 15 avril 2014
Fragment de toi
***
Demain, demain, c'est la dernière once de ta présence tangible qui nous sera dévoilée. Demain, c'est la dernière action qui sourde entièrement de toi en ce monde, du moins à ma connaissance. Tu es partie depuis longtemps, pour certains depuis plus longtemps encore. Je me suis arrangé un turban fuschia avec la jupe d'une robe commandée sur internet qui était trop petite. C'est de l'organza, surpiqué d'un motif à carreaux. Dedans, du ruban rose, des plumes. Sur mon cou, des perles. Je ne crois pas à la perdurance après la mort, alors pour qui fais-je cela? C'est un hommage?
Nous nous regarderons te porter hommage.
***
La dernière fois que je t'ai vue, je ne le savais pas, que c'était la dernière, même si tous nous savions que la fin approchait. C'était le gros éléphant rose dans la pièce. Nous savions tous, nous nous taisions, nous jouions la vie parce qu'il fallait que tu puisses exister le plus intensément possible avant que, avant que. C'était l'hiver, au café Cléopâtre. Il y avait le lancement d'une revue cool, asymétrique, sur Josée Yvon. Tu étais toute en fourrure, une Valkyrie. J'étais comme une enfant enthousiaste et futile, et en moi je criais, parce que je ne sais pas, pour la mort, la mort, ça ne se peut pas. Pas toi. Plus grande que nous, je me souviens de tes yeux qui contenaient une sagesse, un secret auquel seuls ceux qui franchiront le pas ont accès. La codéine t'avait beaucoup changée. On se taisait là-dessus aussi, bien sûr. Au final, ça ne faisait pas de différence. Tu étais la reine, souveraine couronnée. Tu te réservais. Tu t'es mouchée, c'était royal.
***
Demain, demain, c'est la dernière once de ta présence tangible qui nous sera dévoilée. Demain, c'est la dernière action qui sourde entièrement de toi en ce monde, du moins à ma connaissance. Tu es partie depuis longtemps, pour certains depuis plus longtemps encore. Je me suis arrangé un turban fuschia avec la jupe d'une robe commandée sur internet qui était trop petite. C'est de l'organza, surpiqué d'un motif à carreaux. Dedans, du ruban rose, des plumes. Sur mon cou, des perles. Je ne crois pas à la perdurance après la mort, alors pour qui fais-je cela? C'est un hommage?
Nous nous regarderons te porter hommage.
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La dernière fois que je t'ai vue, je ne le savais pas, que c'était la dernière, même si tous nous savions que la fin approchait. C'était le gros éléphant rose dans la pièce. Nous savions tous, nous nous taisions, nous jouions la vie parce qu'il fallait que tu puisses exister le plus intensément possible avant que, avant que. C'était l'hiver, au café Cléopâtre. Il y avait le lancement d'une revue cool, asymétrique, sur Josée Yvon. Tu étais toute en fourrure, une Valkyrie. J'étais comme une enfant enthousiaste et futile, et en moi je criais, parce que je ne sais pas, pour la mort, la mort, ça ne se peut pas. Pas toi. Plus grande que nous, je me souviens de tes yeux qui contenaient une sagesse, un secret auquel seuls ceux qui franchiront le pas ont accès. La codéine t'avait beaucoup changée. On se taisait là-dessus aussi, bien sûr. Au final, ça ne faisait pas de différence. Tu étais la reine, souveraine couronnée. Tu te réservais. Tu t'es mouchée, c'était royal.
***
L'été, chez Bernier, qui hérita du manoir Deluxe. Assis sur des chaises dans la ruelle, nous devisons. Tu arrives. Je suis éblouie par ta sveltesse dans cette robe fuchsia, quelque chose d'il y a 30 ans, avec des épaulettes, un décolleté en cœur, qui épouse comme un carcan ta silhouette surréelle. J'aime les très belles filles, je m'aplatis devant elles, je veux être leur chien. Évidemment, je suis déjà ton chien. Tu t'installes. Ton corps à la posture saine, l'arrogance de ta beauté sur une chaise pliante posée sur l'asphalte.
Je me souviens de ton regard. Tu me considères, tu ne sais pas trop. Quel est ce bouffon? Ce bouffon est ton chien. Tu t'assis, je décide qu'il faudra assortir tes cheveux encore mouillés à ta robe. On me fournit en peigne et élastiques et brosse. Je m'exécute et te fais le plus gros chignon, le plus haut, celui qui montre la mince tige gracile de ton cou. Il fait beau, nous sommes bien. Je travaille lentement à ma soumission. Je sais comment devenir l'amie des reines. Une pâte malléable qui s'étale doucement, très doucement. Tu es partie vite, tu étais une fille occupée, des courtisans plus galonnés t'attendaient. J'ai entendu des choses, là-dessus. Tu donnais sans compter, chère belle. Si j'avais pu, il était planifié, depuis la première fois que nous nous étions vues, que je te donnerais tout.
***
On te fait encore parler, tu sais. Ça me met mal à l'aise. On ne devrait pas te donner les mots, les intentions qui ne sont pas les tiennes.
***
Étendue sur le divan, avec le prototype du turban fuchsia, la robe de la couleur de ton frère, les perles, le ruban, les plumes, sous une couverte de faux-fourrure blanche, la machine sur un coussin bourgogne, dans mon boudoir. Sur le mur, la sacoche la plus bling, la plus précieuse, toute de minuscules perles brodées et oxydées, sous la ternissure, un motif très mignon en quinconce, ce me semble, comment la nettoyer? rabat doré avec strass, elle a cent (100) ans, je la porterai aussi. Ce que je fais est illégitime. Pourtant, pourtant, il me semble bien qu'il faut le faire.
***
Je t'ai rencontrée dans la cour de la librairie du Port de Tête. Il y avait une lecture avec, entre autres, Patrick Poulin, Catherine Cormier-Larose, Jacob Wren, une anglaise qui lit un extrait de quelque chose qui m'a fascinée et que je n'ai jamais retrouvé, elle dit qu'elle a jeté tous ses vêtements, elle n'a gardé que sept (7) itérations de noir. Wow. Je veux faire ça. Je ne ferai jamais ça.
Tu avais un béret de paillettes argent de chez le Château. Je me disais que je ne porterais jamais ça, mais qu'à coup sûr, quelqu'un qui agençait un tel couvre-chef de la manière dont tu l'avais fait devait être intéressant. Avec Bernier, on s'épivardait, on exaspérait les chats de la ruelle. Le soleil! L'herbe, mon incursion impie parmi ces gens si follement cool. Cette fois-là, j'ai décidé que nous serions sœurs avec mes autres sœurs. Lentement, lentement, je te travaillerais, insensiblement, comme un chat, dans quatre (4) ans, nous serions les meilleures amies si tout allait bien. Si tout allait...
***
Je descends de la montagne où je me suis soûlée telle une truie l'après-midi durant. Je suis avec Flor. Nous cédons vachement à la tentation d'une dernière pinte. Inspirées, embrumées plutôt, nous remontons St-Denis vers le nord. Tu viens à ma rencontre. Tu reviens, crois-je comprendre, du tournage de l'épisode de TLMEP où tu annonças ton règne à la province. Je te saute au cou. Je te débite mes sottises. Ça fait longtemps. Tu es entourée, on me fixe. Catherine est là, elle me regarde. Je ne sais pas ce qu'elle pense. Elle a les yeux que tu avais quand tu me considérais silencieuse n'en pensant pas moins. Ça m'inquiète, mais je suis ce que je suis, je n'y peux rien.
Gracieusement, tu dévies ma trajectoire. Il est vrai que j'étais prête à te suivre, où tu vas, je peux venir, je viens, Vickie!
Je ne peux pas, mais il y a des gens que je connais là-bas.
C'est étrange. Tu m'as mise sur cette voie et ensuite, j'ai su que tu m'avais, ô légèrement, calomniée. Je t'en ai voulu. Plus maintenant. Pour quoi faire? Et puis, tu pouvais bien le penser, si tu voulais. Enfin, comme si j'étais une intéressée... Et puis, j'ai été malheureuse... étrangement, d'outre-tombe, tu m'as vengée. J'ai ri comme une folle.
***
Juste avant que tout bascule, on s'était dit trois (3) trucs et demi (½) sur Facebook. Tu disais : veux-tu venir avec moi magasiner des souliers de danseuse sur la Plaza? Oui, bien sûr. Oui! Quelle question. Tout le temps.
Et puis le silence.
***
Ensuite, dans le vide, sur Facebook, embrumée, je t'ai appelée. Une mère lion qui appelle ses petits dans la savane; l'image est fausse, ce n'était pas là notre rapport. Le bruit est vrai. C'est quelque chose de doux que ce rugissement. C'est le mouvement de la gorge et de la gueule de la lionne, surtout, qui est vrai. Elle ferme les yeux à demi, il y a une détresse, une nostalgie, un trouble en train de s'auto désagréger. La vie s'efface à mesure, j'oublie tout, chère lionne. Elle avance du cou en même temps qu'elle baisse le crâne. Une goulée d'air lui passe dans l’œsophage, gonfle la trachée, le palais, la mâchoire inférieure se rétracte, la tête avance. Le son est étouffé, mais il porte sur des kilomètres. Elle les a perdus. Je te ferai les ongles, si tu veux. Excuse-moi de t'importuner.
***
Maintenant, tu n'es plus. Je vis avec la tristesse de tes amis proches. Je me tais, je n'ai rien de pertinent à dire. Je ne sais que dire, sinon que nous étions sur le point, oui, ce point où on bascule vers l'amitié. C'est tout. Je t'ai à peine connue. On s'est vues, deux, quatre, six (2, 4, 6) fois. On aimait les fringues, right.
J'ai pleuré parce que je trouvais que c'était injuste, je ne pleure pas beaucoup pour les autres, je suis très égoïste. Beaucoup de gens te parlent encore.
J'ai hésité à écrire ceci.
Je n'ai aucun droit.
***
Demain, tu seras encore là. Tu es morte, tu perdures. J'avais tort : tu perdures. On parlera de toi et j'espère qu'on ne te fera pas parler. Pas trop. Juste ceux qui devraient. Avec décence.
Je vais me sentir petite dans mes culottes coincées dans les plis. Je ne serai pas la seule à être strappée de la raie.
Le règne de la reine ne mourra jamais.
vendredi 8 novembre 2013
Le Clown
Le rapport à l'autre 1
Il y a un auteur japonnais que ma meilleure amie, Alexie Morin, m'a fait découvrir. Il s'appelle Osamu Dazaï et il parle de choses qui sont d'une pertinence particulière en ce qui me concerne, moi et mon rapport à l'autre. Alexie, avec sa pénétration habituelle, l'a bien saisi et c'est la raison pour laquelle elle me l'a si chaudement recommandé.
La Déchéance d'un homme relate la découverte de photos et du journal «trouvé» d'un homme (prémisse classique visant à sceller l'authenticité de ce qui est soumis au lecteur) vivant une double vie.
Il se met à mener très tôt cette double vie car très tôt aussi, le commerce avec sa famille, bref l'autre, lui est intolérable. Il se sent, dans le regard de ses proches, mis sur la sellette, transpercé, sommé de leur livrer une performance, une preuve de son être qui confirme ou infirme sa légitimité, son droit à l'existence. Ainsi traqué, il en vient rapidement à se dérober dans une parade presque parfaite, celle du bouffon. Lorsque par ses singeries et cabotinages, il extrait du traqueur une risée, il se croit sauvé. Son intégrité fuyante, son identité inviolable mais indéfendable sont saufs, préservés. Le rire a détourné l'attention, étanché la curiosité de l'autre, satisfait les attentes muettes mais insoutenables de l'interlocuteur. Pour l'instant, du moins; car on ne devient pas clown impunément.
À mesure que l'on bouffonne, un glissement se fait d'entre la façade et le cœur. Ce qui n'est qu'un masque de carnaval se met à être animé d'une substance propre et entière, à évoluer librement devant les congénères. Chauffé par l'attente muette de ces yeux traqueurs qui, une fois abreuvée, en redemandent et en redemandent, ce masque acquiert une autonomie, une complétude si parfaites qu'il finit par tenir lieu d'identité et de raison sociale. Le secret de l'être devient tellement bien protégé par cette parade de tous les instants qu'il devient victime de son propre stratagème. On fait rire, on fait rire et finalement, on ne devient plus que celui qui fait rire. Oui, c'est une fonction sociale entièrement satisfaisante pour tous les chalands. La vérité, c'est que la pauvre petite chose que tu es, qui peut bien s'en soucier? C'est d'une insignifiance patente. Tu fais bien ce que tu veux. Sois, ne sois pas, sois moins, sois plus, mais qu'est-ce qu'on s'en fout, en fait. Fais-nous rire! T'es si drôle. T'es folle. Fais-nous rire, de vous exclamer!
Car avec la réussite du but premier du bouffon, soit celle de rendre la vie avec l'autre tolérable, vient un constat assez troublant: cette traque tant redoutée n'est finalement pas une flèche d'airain susceptible de mettre à nu les choses étiolées et impropres que l'on abrite, ce n'est que la vague curiosité d'un animal devant une autre bête, une tentative de contact qui trouble à peine la vaste indifférence égoïste qu'entretient la grande majorité de l'humanité pour son prochain. Ce que ton prochain, devant toi, te dit dans une langue que tu ne savais pas comprendre, c'est de le distraire, pas de te confesser. T'es drôle, te confesser! T'aime ça, toi, peut-être, quand les gens se confessent à toi? Ils en ont pourtant la propension. Quel mystère, enfin. On se cache du mieux qu'on peut et l'autre que tu vois-là, celui dont tu te dérobes du mieux que tu peux, se livre à toi pieds et poings liés.
La seule explication possible est que les gens sont surtout intéressés par eux-même. Non, c'est vrai? Mais si, je te dis. Ça fait des années que je me préserve comme une proie qui fait le mort (dans une pose comique, bien sûr), j'ai eu le loisir de les voir à l’œuvre, les gens; et ben finalement, tu veux que je te dise? les gens, ben, en gros, ils bandent surtout ben fort sur eux-mêmes. Et voilà, bravo, t'as tout compris. Yo, t'es pas mal bonne. Même si ça t'as pris, genre, 10 ans à vraiment en être vraiment, vraiment certaine. Oh well. On peut pas tous être précoces, hein? Dans tous les cas, maintenant, tu peux souffler un peu. Nobody is out to get you.
Ah! On respire...
C'est vrai que c'est assez soulageant, comme constat. Le problème, c'est qu'une fois que la chose est appréhendée et assimilée, il est peut-être trop tard aux yeux des autres. Tu es clown; tu le resteras.
Pour revenir à Dazaï (nous glissâmes un peu), évidement qu'un tel livre allait me parler. J'ai suivi exactement la même trajectoire (et nous reglissons pour de bon).
Maintenant, je suis le clown. Je suis bien drôle, va. J'ai tout un répertoire de conneries, de cabotinage, de personnages ad hoc, de mots d'esprits, de références graveleuses prêts à l'emploi. Je réagis vite. Je fais mouche. Je vois luire dans les yeux la demande. «Nous feras-tu rire? Quand?» Ce n'est pas très grave si mes farces sont faciles, mes blagues douteuses, mes mots d'esprits usés à la corde. L'interlocuteur, vous en fait, êtes satisfaits. Ça a beaucoup trop bien marché, mon truc...
Mais il ne faudrait quand même pas croire que je ne suis qu'un clown. Je sais que je ne laisse pas passer grand chose d'autre dans ma prestation sociale, mais ce serait quand même une grossière erreur. Car le fait est: sorry people, je suis autre. Ah! C'est peut-être la meilleure de mes farces, celle-là.
Voilà que je vous ai dit en substance quelles étaient les raisons de ma bouffonnerie. Et vous, quelles sont vos raisons de me croire bouffon pour de bon? Ça serait bien intéressant à savoir, ça. Vraiment, tout ce que vous percevez, c'est ce qu'on vous met le plus en évidence sous le nez? Ainsi, supposons qu'un croquant vous balance son identité gonflée à bloc au mythe de soi, vous aurez tendance à le croire? Mais c'est magnifique, tant de confiance! Je vous envie... ou peut-être pas, en fait.
À tant fait rebondir des images dans les regards, on finit par être bien au courant que ce que rencontre l’œil souvent est trompeur.
Il y a un auteur japonnais que ma meilleure amie, Alexie Morin, m'a fait découvrir. Il s'appelle Osamu Dazaï et il parle de choses qui sont d'une pertinence particulière en ce qui me concerne, moi et mon rapport à l'autre. Alexie, avec sa pénétration habituelle, l'a bien saisi et c'est la raison pour laquelle elle me l'a si chaudement recommandé.
La Déchéance d'un homme relate la découverte de photos et du journal «trouvé» d'un homme (prémisse classique visant à sceller l'authenticité de ce qui est soumis au lecteur) vivant une double vie.
Il se met à mener très tôt cette double vie car très tôt aussi, le commerce avec sa famille, bref l'autre, lui est intolérable. Il se sent, dans le regard de ses proches, mis sur la sellette, transpercé, sommé de leur livrer une performance, une preuve de son être qui confirme ou infirme sa légitimité, son droit à l'existence. Ainsi traqué, il en vient rapidement à se dérober dans une parade presque parfaite, celle du bouffon. Lorsque par ses singeries et cabotinages, il extrait du traqueur une risée, il se croit sauvé. Son intégrité fuyante, son identité inviolable mais indéfendable sont saufs, préservés. Le rire a détourné l'attention, étanché la curiosité de l'autre, satisfait les attentes muettes mais insoutenables de l'interlocuteur. Pour l'instant, du moins; car on ne devient pas clown impunément.
À mesure que l'on bouffonne, un glissement se fait d'entre la façade et le cœur. Ce qui n'est qu'un masque de carnaval se met à être animé d'une substance propre et entière, à évoluer librement devant les congénères. Chauffé par l'attente muette de ces yeux traqueurs qui, une fois abreuvée, en redemandent et en redemandent, ce masque acquiert une autonomie, une complétude si parfaites qu'il finit par tenir lieu d'identité et de raison sociale. Le secret de l'être devient tellement bien protégé par cette parade de tous les instants qu'il devient victime de son propre stratagème. On fait rire, on fait rire et finalement, on ne devient plus que celui qui fait rire. Oui, c'est une fonction sociale entièrement satisfaisante pour tous les chalands. La vérité, c'est que la pauvre petite chose que tu es, qui peut bien s'en soucier? C'est d'une insignifiance patente. Tu fais bien ce que tu veux. Sois, ne sois pas, sois moins, sois plus, mais qu'est-ce qu'on s'en fout, en fait. Fais-nous rire! T'es si drôle. T'es folle. Fais-nous rire, de vous exclamer!
Car avec la réussite du but premier du bouffon, soit celle de rendre la vie avec l'autre tolérable, vient un constat assez troublant: cette traque tant redoutée n'est finalement pas une flèche d'airain susceptible de mettre à nu les choses étiolées et impropres que l'on abrite, ce n'est que la vague curiosité d'un animal devant une autre bête, une tentative de contact qui trouble à peine la vaste indifférence égoïste qu'entretient la grande majorité de l'humanité pour son prochain. Ce que ton prochain, devant toi, te dit dans une langue que tu ne savais pas comprendre, c'est de le distraire, pas de te confesser. T'es drôle, te confesser! T'aime ça, toi, peut-être, quand les gens se confessent à toi? Ils en ont pourtant la propension. Quel mystère, enfin. On se cache du mieux qu'on peut et l'autre que tu vois-là, celui dont tu te dérobes du mieux que tu peux, se livre à toi pieds et poings liés.
La seule explication possible est que les gens sont surtout intéressés par eux-même. Non, c'est vrai? Mais si, je te dis. Ça fait des années que je me préserve comme une proie qui fait le mort (dans une pose comique, bien sûr), j'ai eu le loisir de les voir à l’œuvre, les gens; et ben finalement, tu veux que je te dise? les gens, ben, en gros, ils bandent surtout ben fort sur eux-mêmes. Et voilà, bravo, t'as tout compris. Yo, t'es pas mal bonne. Même si ça t'as pris, genre, 10 ans à vraiment en être vraiment, vraiment certaine. Oh well. On peut pas tous être précoces, hein? Dans tous les cas, maintenant, tu peux souffler un peu. Nobody is out to get you.
Ah! On respire...
C'est vrai que c'est assez soulageant, comme constat. Le problème, c'est qu'une fois que la chose est appréhendée et assimilée, il est peut-être trop tard aux yeux des autres. Tu es clown; tu le resteras.
Pour revenir à Dazaï (nous glissâmes un peu), évidement qu'un tel livre allait me parler. J'ai suivi exactement la même trajectoire (et nous reglissons pour de bon).
Maintenant, je suis le clown. Je suis bien drôle, va. J'ai tout un répertoire de conneries, de cabotinage, de personnages ad hoc, de mots d'esprits, de références graveleuses prêts à l'emploi. Je réagis vite. Je fais mouche. Je vois luire dans les yeux la demande. «Nous feras-tu rire? Quand?» Ce n'est pas très grave si mes farces sont faciles, mes blagues douteuses, mes mots d'esprits usés à la corde. L'interlocuteur, vous en fait, êtes satisfaits. Ça a beaucoup trop bien marché, mon truc...
Mais il ne faudrait quand même pas croire que je ne suis qu'un clown. Je sais que je ne laisse pas passer grand chose d'autre dans ma prestation sociale, mais ce serait quand même une grossière erreur. Car le fait est: sorry people, je suis autre. Ah! C'est peut-être la meilleure de mes farces, celle-là.
Voilà que je vous ai dit en substance quelles étaient les raisons de ma bouffonnerie. Et vous, quelles sont vos raisons de me croire bouffon pour de bon? Ça serait bien intéressant à savoir, ça. Vraiment, tout ce que vous percevez, c'est ce qu'on vous met le plus en évidence sous le nez? Ainsi, supposons qu'un croquant vous balance son identité gonflée à bloc au mythe de soi, vous aurez tendance à le croire? Mais c'est magnifique, tant de confiance! Je vous envie... ou peut-être pas, en fait.
À tant fait rebondir des images dans les regards, on finit par être bien au courant que ce que rencontre l’œil souvent est trompeur.
jeudi 24 octobre 2013
Poulâh
cette fin de semaine
m'a m'acheter un poulâh
m'a rôtir le poulâh
m'a faire un bouillon ensuite avec la carcasse du poulâh
ça va d'être
tute une fin de semaine.
lundi 14 octobre 2013
Esquisse blues
Elle s'avance dans la nuit sèche des contrées désertiques. Sa botte fait crisser le gravier sous elle. On entend le hululement d'une chouette, le froissement d'un buisson d'amarante. Non loin, les éclats d'un banjo, la mélopée d'un blues à la voix d'airain, de cristal, de bois de grève léché et reléché par les marées. Ses jambes nues et fortes brillent à la lune. Elle porte un vieux jeans élimé et fort raccourci, les bottes que nous mentionnions, un vieux chapeau à la visière mainte fois tordue en place, une souple couverture de laine en guise de manteau. Une paire de gant de cuir marque la cadence de sa marche. L'incandescence d'un mégot de cigarette décrit une parabole hachée, seule couleur chaude dans tous ces bleus et ces bruns. Elle a, bien sûr, une guitare au dos, quelque chose à accorder.
Ce sont des contrées que l'on traverse, nul port d'attache ici. Elle l'a laissée dans sa chambre, languissante, tissant la tapisserie de son attente. Des paysages de sable, de maigres coyotes solitaires, de lézards qui ont sûrement compris quelque chose à fixer ainsi le vaste horizon. Le goût du whisky se rappelle sur ses lèvres sèches.
Elle est seule, elle a tout son silence, une arme, du moonshine de contrebande dans une flasque tiédie au contact de la chair dans la tige de sa botte droite.
Elle peut faire un feu de camp ou rejoindre les musiciens.
Son cuir sent. Comme il se doit.
Elle se rappelle la douceur de cette oreille d'âne, les yeux émouvants du baudet. Oh elle est loin, la ferme familiale, les poules dodues qui piaillent, la mère et son tablier rosâtre, le père et son chiendent à la gueule, les grandes bourrasques de poussière. Les galettes chaudes de maïs ou de sarrasin selon la saison, cuites à même la fonte du poêle. Ragoût d'écureuil, d'opossum, de venaison prise non loin.
Sur ses lèvres sèches, le goût du whisky. Quelque chose dans la gamelle serait un bienfait.
À suivre?
Ce sont des contrées que l'on traverse, nul port d'attache ici. Elle l'a laissée dans sa chambre, languissante, tissant la tapisserie de son attente. Des paysages de sable, de maigres coyotes solitaires, de lézards qui ont sûrement compris quelque chose à fixer ainsi le vaste horizon. Le goût du whisky se rappelle sur ses lèvres sèches.
Elle est seule, elle a tout son silence, une arme, du moonshine de contrebande dans une flasque tiédie au contact de la chair dans la tige de sa botte droite.
Elle peut faire un feu de camp ou rejoindre les musiciens.
Son cuir sent. Comme il se doit.
Elle se rappelle la douceur de cette oreille d'âne, les yeux émouvants du baudet. Oh elle est loin, la ferme familiale, les poules dodues qui piaillent, la mère et son tablier rosâtre, le père et son chiendent à la gueule, les grandes bourrasques de poussière. Les galettes chaudes de maïs ou de sarrasin selon la saison, cuites à même la fonte du poêle. Ragoût d'écureuil, d'opossum, de venaison prise non loin.
Sur ses lèvres sèches, le goût du whisky. Quelque chose dans la gamelle serait un bienfait.
À suivre?
vendredi 11 octobre 2013
Laitue frisée 1
J'ai de l'empathie pour la laitue frisée. On la méconnais, je trouve. J'irais même jusqu'à dire qu'on la méprise un peu. Souvente fois, on la vois agrémenter des mets pour sa seule fonction esthétique dans leur représentation sur les menus rétroéclairés des fast-foods et autres bouibouis sans que jamais, jamais, on ne la retrouve ensuite servie dans lesdits plats. Voilà. On se sert d'elle pour ses connotations de fraîcheur, de santé, de vert et puis une fois le moment du déploiement arrivé, on la laisse pour compte.
Elle a des qualités, la laitue frisée, outre sa plus-value de présentation. En effet, elle est une bonne source de minéraux, de fibres, d'eau et de vitamines. Des plus méchants la disent insipide, moi je la trouve légère. Elle est croquante aussi, ce que les croquants reconnaissent.
You so funny, laitue frisée. Tellement funny que tu ornes des fausses boules qui manifestent à grand coup de bodés et d'opération promotionnelle pour le PETA.
Mais on t'oublie vite.Je comprends ça. C'est notre croix.
Y a des gens qui se servent de toi comme pita super vegan. Les coréens t'emplissent de bonnes choses cuites à la pierrade et de kimchi pour faire délicieusement passer tout le graillon. C'est un bon début. Couvre de ton corps et de ta fraîcheur des éléments plus savoureux.
En salade, tu es parfaite, rien à redire.
Et si on y pense, en garniture aussi, dans des rouleaux de printemps. Faudrait quand même pas oublier de te pimper un peu, avec de la menthe, de la lime et du nuoc-nam, par exemple.
T'es un peu difficile à apprêter autrement que crue, il faut le reconnaître.Mais je sais qu'il existe des potages faits de toi. Ça a même un nom : le potage Choisy. CHOISIS d'être plus, laitue frisée, même si on te préfère la Romaine ou la Bostonnaise.Qu'est-ce qu'on peut faire pour que tu jouisses un peu de la reconnaissance à laquelle tu es en droit d'aspirer?
Mais moi, je dis qu'on peut trouver des façons de te mettre en valeur pour toi-même.
Par contre, faut que je te dise, laitue frisée, si tu veux qu'on se rendent compte que tu existes un jour, you got to get cracking et autrement que sous la dent, le temps d'une bouchée blasée. Hein?
T'es capable, laitue frisée.
vendredi 7 juin 2013
Se consumer en vain
Se consumer en vain.
Comme les écureuils morts sur De Lorimier;
Les enfants atteints de mucoviscidose
Mourant sans poumons;
La chandelle laissée seule
au fond de la piscine.
En proie à un syndrome autoimmunitaire,
Les joues éternellement flambantes de L'Ensorcelée.
Les heures fixes, absorbées :
La barre défile.
Une pluie d'effets personnels s'abat sur la ville.
Je vérifie à chaque 5 minutes
si je suis aussi indigne que tout à l'heure.
Comme les écureuils morts sur De Lorimier;
Les enfants atteints de mucoviscidose
Mourant sans poumons;
La chandelle laissée seule
au fond de la piscine.
En proie à un syndrome autoimmunitaire,
Les joues éternellement flambantes de L'Ensorcelée.
Les heures fixes, absorbées :
La barre défile.
Une pluie d'effets personnels s'abat sur la ville.
Je vérifie à chaque 5 minutes
si je suis aussi indigne que tout à l'heure.
samedi 1 juin 2013
Juliana
Après
une soirée et milles vexations, alors que plus bas que terre, les
points de contacts à vif, ensanglantés, contre le bitume, je digère
l'amertume, c'est la gentillesse d'une étrangère qui m'a secourue,
moi, pauvre ivrogne. Juliana, tu as dévalé tes escaliers et tu as
couru vers la loque sanglotante étendue sur la rue. Même après
que je t'aie dit que j'étais juste soûle, que j'étais juste
pathétique, que je ne m'étais rien cassé, tu as voulu faire
quelque chose pour moi. Tu es comme ça, toi. Tu es bonne. Après des
heures à être ignorée, méprisée, engueulée, c'était un chose
douce à me faire. Ton homme s'inquiétait, mais toi, vraiment, tu
t'en faisais pour une indigne inconnue.
Aujourd'hui, j'ai toutes sortes d'égratignures intéressantes et un souvenir touchant de toi, dans tes shorts en jeans, ta chemise noire coupée aux emmanchures, tes beaux cheveux lisses et simples, le souci authentique sur ton petit minois de gentille fille allophone.
Aujourd'hui, j'ai toutes sortes d'égratignures intéressantes et un souvenir touchant de toi, dans tes shorts en jeans, ta chemise noire coupée aux emmanchures, tes beaux cheveux lisses et simples, le souci authentique sur ton petit minois de gentille fille allophone.
C'est
vrai que je suis rentrée assez solidement dans la voiture. Les bras
m'ont molli. Il y a un dieu pour les poivrots, semble-t-il, car
encore une fois, je m'en suis tirée presque indemne.
Enfin.
Puisse ta gentillesse t'être rendue. Prospère, Juliana.
dimanche 17 mars 2013
Remarques insignifiantes 1
Les roches coloriées qu'on met dans le fond des aquariums, j'ai toujours trouvé ça douteux.
Les futons, ça dort bien surtout quand on a beaucoup bu.
On dirait qu'il y a un prérequis de beauté esthétique pour intégrer le corps des pompiers: j'en vois pratiquement jamais de laids.
Je suis toujours mal à l'aise quand je sens que la conversation est devenue phatique: le nombre des clichés n'est après tout pas infini. Si on y rajoute le facteur de prédiction, bref qu'on les devine avant même qu'ils ne soient dits, ça m'angoisse terriblement. Finalement, le sel de la conversation, c'est son imprévisibilité.
Les années 80 finissent jamais de revenir à la mode depuis 20 ans. Est-ce que c'est ça, "l'éternel retour"?
Je suis pas mal blasée de ce qu'on me parle de mon prénom.
Par contre, je ne me lasse pas des discussions sur les chats.
Les employés du Subway ont souvent les cheveux teints.
Le style vestimentaire des jeunes professionels qui réussisent est souvent très plate.
Je n'aime pas beaucoup la confiture, mais je m'en fais beaucoup donner.
Les futons, ça dort bien surtout quand on a beaucoup bu.
On dirait qu'il y a un prérequis de beauté esthétique pour intégrer le corps des pompiers: j'en vois pratiquement jamais de laids.
Je suis toujours mal à l'aise quand je sens que la conversation est devenue phatique: le nombre des clichés n'est après tout pas infini. Si on y rajoute le facteur de prédiction, bref qu'on les devine avant même qu'ils ne soient dits, ça m'angoisse terriblement. Finalement, le sel de la conversation, c'est son imprévisibilité.
Les années 80 finissent jamais de revenir à la mode depuis 20 ans. Est-ce que c'est ça, "l'éternel retour"?
Je suis pas mal blasée de ce qu'on me parle de mon prénom.
Par contre, je ne me lasse pas des discussions sur les chats.
Les employés du Subway ont souvent les cheveux teints.
Le style vestimentaire des jeunes professionels qui réussisent est souvent très plate.
Je n'aime pas beaucoup la confiture, mais je m'en fais beaucoup donner.
samedi 9 mars 2013
La mangeuse
Qu'est-ce qu'elle est mignonne! Elle
est minuscule, souriante, jolie comme tout. Affable et simple,
par-dessus le marché. Qui pourrait la croire capable d'une telle
prouesse? Prouesse n'est pas le bon mot. Rendu là, il faudrait
plutôt parler de talent déviant, de phénomène de foire. Parce
qu'elle est mince, en plus, ce qui semble paradoxal. Comment
fait-elle? Elle sourit, elle dit qu'elle mange généralement peu.
Oui, elle fait de l'exercice. Les hot-dog? Ça va, mais elle excelle
surtout dans les petites bouchées. Elle peut se taper six cents
huîtres en huit minutes, trois cents écrevisses en six de quoi
faire frémir d'un frisson mou tout ce qui peuple les hauts-fonds de
ce côté-ci de l'océan. Elle est fière de cet estomac extensible à
l'infini. Pourtant à la voir, qui s'en douterait? Son ventre,
miraculeux et plat, est en ce moment au repos.
Puis vient l'épreuve. Sur une estrade,
elle est installée à une table recouverte d'une nappe au coloris
primaire, sans merci, décorée de logos promotionnels. Ornant pour
leur part l'estrade derrière elle se trouvent des chippendales dont
la fonction, en plus d'offrir aux yeux ravis leur ostentatoire
virilité, est de donner le décompte de chaque concurrente. Les
juges, bedonnants, rougeauds, habillés de vagues polos, de
casquettes beiges, de lunettes fumées hideuses, la passe officielle
pendant tristement au cou, l'air infiniment ordinaire comme seul un
juge peut l'avoir, complètent la troupe présente sur scène. Ou
est-ce que ce sont les préposés? Ils se confondent aisément.
Enfin, un maître de cérémonie qui porte le canotier haut sur la
tête et la cravate assortie aux couleurs de l’évènement harangue
la foule. Il a cette énergie spéciale à l'animateur dilettante,
cette façon impitoyable d'aiguillonner les spectateurs qui rend
agité, anxieux, heureux mais en même temps au bord des larmes. Un
ou deux rêveurs, perdus dans la kermesse, en concevront même de
graves malaises existentiels.
Je suppose qu'une cloche retentit, ou
une trompe de sauveteur de plage, et qu'elle donne le signal du
départ.
L'assistance crie. Les menues
demoiselles se mettent à s'empiffrer. Le soleil chauffe et
surchauffe les peau blanches des chalands, mais qu'importe, les
passions sont excitées, on est sur la pointe des pieds, on veut
voir, on veut s'exciter, on est fascinés. La nôtre, celle du
centre, la championne, trempe son hot dog dans l'eau. Elle le pousse
dans sa bouche. Ses lèvres sont distendues, ses joues sont dilatés.
Ses yeux sont révulsés par l'effort, ou bien est-ce l'énorme
pression appliquée sur sur son palais mou qui pousse les chairs
contre les globes oculaires? On ne peut détacher ses yeux d'elle. À
la fois atterré et excité, on se perd dans cette vision, qui
suscite d'honteux fantasmes freudiens, lesquels n'attendaient que ça
pour affleurer à la conscience.
Et toujours, à une cadence
folle, elle en ajoute. C'est incompréhensible. Je redemande :
comment fait-elle? Les mains, les petites mains portent la nourriture
à sa bouche, elle a le cou penché sur sa tâche, comme un petit
tamia, elles vont et viennent en alternance et enfouissent la
matière. Pain mou et aqueux, déchets de viande aux arômes en
plastique. Le compte augmente toujours.
Bien sûr, elle gagne la première place. Deux bras musclés et orange tiennent, au-dessus de sa tête, un carton qui en fait la preuve: 45. 45 hot dogs furent mangés. Ovations, délire, je pourrais vous en parler, mais j'ai très mal au cœur. L'animateur ne se peut plus. Victorieuse, elle se fait porter par les spectateurs, fous, fous de joie. Elle parle à la presse. Elle sourit à larges dents. Demain, on fera un peu de jogging. Après demain, on reprend le rythme normal. La semaine prochaine, on termine sa tournée aux États-unis. Le mois prochain, il faut reprendre le travail, et l'entraînement. Et toute la vie, on continuera comme ça.
Bien sûr, elle gagne la première place. Deux bras musclés et orange tiennent, au-dessus de sa tête, un carton qui en fait la preuve: 45. 45 hot dogs furent mangés. Ovations, délire, je pourrais vous en parler, mais j'ai très mal au cœur. L'animateur ne se peut plus. Victorieuse, elle se fait porter par les spectateurs, fous, fous de joie. Elle parle à la presse. Elle sourit à larges dents. Demain, on fera un peu de jogging. Après demain, on reprend le rythme normal. La semaine prochaine, on termine sa tournée aux États-unis. Le mois prochain, il faut reprendre le travail, et l'entraînement. Et toute la vie, on continuera comme ça.
vendredi 8 mars 2013
Je veux écrire un livre 1
Je veux écrire un livre.
Il ne racontera que les menteries les plus extraordinaires;
Il dira toute la vérité.
Ce sera un long roman épique, où les péripéties s'enchaîneront à une cadence endiablée;
Ce sera une petite oeuvre claire, nette, sobre, ordonnée selon une structure parfaite, mathématique.
Les personnages y foisonneront, ce sera le carnaval, la polyphonie, un joyeux tintamarre fou où sera inscrite toute l'humanité, un livre-fleuve;
Ce sera une longue parole cohérente, une voix, vaisseau d'une pensée, un regard systématique, la somme d'une vie et d'une tête, un écrit nécessaire.
Le style se dépliera en milles volutes, en arabesques qui rappelleront les feuilles d'acanthe, les spires végétales, les mots précieux et les métaphores filées ornementeront la narration comme une rocaille dorée;
L'écriture sera presque nue, chaque lexie choisie, sous-pesée, agencée, équilibrée, solide; les phrases seront laconiques, dépouillée, pour que jaillisse l'essentiel, qui régnera en maître.
Je veux écrire un livre, qu'il soit amusant, drôle, parsemé de milles points d'éruditions, de milles trouvailles.
Je veux écrire un livre, qu'il soit comme une pierre précieuse ciselée, comme ordonné par le réseau de Bravais.
Je veux écrire un livre divertissant;
Je veux écrire un livre difficile.
Il ne racontera que les menteries les plus extraordinaires;
Il dira toute la vérité.
Ce sera un long roman épique, où les péripéties s'enchaîneront à une cadence endiablée;
Ce sera une petite oeuvre claire, nette, sobre, ordonnée selon une structure parfaite, mathématique.
Les personnages y foisonneront, ce sera le carnaval, la polyphonie, un joyeux tintamarre fou où sera inscrite toute l'humanité, un livre-fleuve;
Ce sera une longue parole cohérente, une voix, vaisseau d'une pensée, un regard systématique, la somme d'une vie et d'une tête, un écrit nécessaire.
Le style se dépliera en milles volutes, en arabesques qui rappelleront les feuilles d'acanthe, les spires végétales, les mots précieux et les métaphores filées ornementeront la narration comme une rocaille dorée;
L'écriture sera presque nue, chaque lexie choisie, sous-pesée, agencée, équilibrée, solide; les phrases seront laconiques, dépouillée, pour que jaillisse l'essentiel, qui régnera en maître.
Je veux écrire un livre, qu'il soit amusant, drôle, parsemé de milles points d'éruditions, de milles trouvailles.
Je veux écrire un livre, qu'il soit comme une pierre précieuse ciselée, comme ordonné par le réseau de Bravais.
Je veux écrire un livre divertissant;
Je veux écrire un livre difficile.
mercredi 20 février 2013
Les ongles
Moi, je n'ai jamais eu d'ongles. Ben, c'est-à-dire: j'ai toujours eu des ongles, bien sûr, j'ai pas une rare mais bénigne tare génétique qui m'aurait fait naître sans ces curieux appendices, d'une incapacité hyper-localisée à secréter de la kératine, je ne souffre pas d'aungéalei (muf), d'hypertrophie ongulaire, rien de ça. Mais, bon, j'ai jamais eu des beaux ongles, ces beaux ongles longs, durs, polis au dessus, propres en dessous, dont la partie détachée du lit est immaculée, parfaitement ronde ou droite selon le type de manucure choisi.
La première raison pour laquelle je suis spoliée de l'inoffensive vanité de la belle main est le fait que d'aussitôt que je me souvienne, je me les suis rongés. Stress, nervosité, je suis une angoissée, on le sait. C'est pas de ça qu'on parle, là. Non, je me suis grignoté l'ongle et ses entremets, soit les cuticules ainsi que les exquis paronychium, névrophagie délicate qu'il m'est difficile de délaisser, durant la majeure partie de ma vie. Mais, l'an passé, j'ai décidé d'arrêter. Oué. Comme ça, nette frette sec. J'avais essayé avant, mais il me manquait un précieux adjuvant: le vernis amer de la marque écrinal. Le descriptif résume assez follement bien sa fonction: tu te le mets, ça colle, et ça goûte la tristesse dissuasive quand t'essaies de t'adonner à ta petite compensation régressive.
Mes ongles ont finalement poussés. Joie!
Pour les mois qui suivirent, j'appris tant bien que mal, avec des années de retard sur mes congénères, les rudiments des soins dû aux ongles. Pour ce faire, je me suis procuré une petite panoplie d'outils: une lime à ongle en verre, une lime à ongle à 4 surfaces d'émeris différents, un cure-ongle, un PLÉTHORE de vernis aux teintes, brillances, et fonction différentes, une petite pommade post-vernis, des cotons-tiges, des cotons-ouates, des cotons-éponges, du dissolvant. J'ai consulté des blogs. J'ai recommencé des manucures 4 ou 5 fois.
Bref, je me suis pas mal investie pour combler cette lacune féminine. Oui, ma soeur, je me suis donnée. J'ai même fait des trucs fancy, comme des effets "ombrés", des rayures, des motifs...
Ben, rien à faire!
Ces cons d'ongles, ils cassent. Ils poussent en patte de canard (en ce sens que tel le pied dudit palmidé, la base est moins large que le bord. Eurk.) Et ils se retrouvent à l'occasion encore sous ma dent.
Et je me demande, est-ce que ça vaut la peine de se commettre autant pour un détail somme toute assez mineur et facultatif de mon apparence? C'est pas comme si j'avais une image publique à entretenir. Et, ouais, c'est agréable d'avoir autant de torque quand je me gratte, (quoique au début j'étais tellement pas habituée d'être ongulée que je m'égratignais la face. Changement de paradigme pis toute.) Somme toute, à quoi bon?
Hé bien, je souhaite ardemment avoir une belle main. Une belle main bien soignée, c'est un plaisir narcissique, mais qui a ceci de particulier qu'il est avant tout destiné à soi-même. Ce que je veux dire, c'est qu'on est bien plus susceptible de se mater la main qu'autrui. C'est une partie de notre corps non seulement essentielle, mais aussi particulièrement expressive, et étrangement libérée de pression archétypale. Les gens jugent et catégorisent pas mal moins l'aspect de la main que celui du visage, des cheveux, de la taille, de l'habillement. Mais plus encore que cet aspect de la liberté de la main, elle nous est... proche. Et en même temps, elle a quelque chose d'objectif, de légèrement détachée de nous-même.
Bref, notre main est à nous et elle nous le rend bien (on aura compris que ma réflexion mériterait d'être encore un peu travaillée). Quand on la décore, c'est avant tout pour le plaisir légèrement isolé de ses propres yeux. Ces minuscules parures peuvent voltiger devant le regard d'autrui, et ce sera comme un message secret, qu'il aura fallu vouloir saisir.
Donc je vais continuer à me désoler sur mes ongles cassés, n'en déplaisent aux gens qui n'apprécient guère ces subtilités.
La première raison pour laquelle je suis spoliée de l'inoffensive vanité de la belle main est le fait que d'aussitôt que je me souvienne, je me les suis rongés. Stress, nervosité, je suis une angoissée, on le sait. C'est pas de ça qu'on parle, là. Non, je me suis grignoté l'ongle et ses entremets, soit les cuticules ainsi que les exquis paronychium, névrophagie délicate qu'il m'est difficile de délaisser, durant la majeure partie de ma vie. Mais, l'an passé, j'ai décidé d'arrêter. Oué. Comme ça, nette frette sec. J'avais essayé avant, mais il me manquait un précieux adjuvant: le vernis amer de la marque écrinal. Le descriptif résume assez follement bien sa fonction: tu te le mets, ça colle, et ça goûte la tristesse dissuasive quand t'essaies de t'adonner à ta petite compensation régressive.
Mes ongles ont finalement poussés. Joie!
Pour les mois qui suivirent, j'appris tant bien que mal, avec des années de retard sur mes congénères, les rudiments des soins dû aux ongles. Pour ce faire, je me suis procuré une petite panoplie d'outils: une lime à ongle en verre, une lime à ongle à 4 surfaces d'émeris différents, un cure-ongle, un PLÉTHORE de vernis aux teintes, brillances, et fonction différentes, une petite pommade post-vernis, des cotons-tiges, des cotons-ouates, des cotons-éponges, du dissolvant. J'ai consulté des blogs. J'ai recommencé des manucures 4 ou 5 fois.
Bref, je me suis pas mal investie pour combler cette lacune féminine. Oui, ma soeur, je me suis donnée. J'ai même fait des trucs fancy, comme des effets "ombrés", des rayures, des motifs...
Ben, rien à faire!
Ces cons d'ongles, ils cassent. Ils poussent en patte de canard (en ce sens que tel le pied dudit palmidé, la base est moins large que le bord. Eurk.) Et ils se retrouvent à l'occasion encore sous ma dent.
Et je me demande, est-ce que ça vaut la peine de se commettre autant pour un détail somme toute assez mineur et facultatif de mon apparence? C'est pas comme si j'avais une image publique à entretenir. Et, ouais, c'est agréable d'avoir autant de torque quand je me gratte, (quoique au début j'étais tellement pas habituée d'être ongulée que je m'égratignais la face. Changement de paradigme pis toute.) Somme toute, à quoi bon?
Hé bien, je souhaite ardemment avoir une belle main. Une belle main bien soignée, c'est un plaisir narcissique, mais qui a ceci de particulier qu'il est avant tout destiné à soi-même. Ce que je veux dire, c'est qu'on est bien plus susceptible de se mater la main qu'autrui. C'est une partie de notre corps non seulement essentielle, mais aussi particulièrement expressive, et étrangement libérée de pression archétypale. Les gens jugent et catégorisent pas mal moins l'aspect de la main que celui du visage, des cheveux, de la taille, de l'habillement. Mais plus encore que cet aspect de la liberté de la main, elle nous est... proche. Et en même temps, elle a quelque chose d'objectif, de légèrement détachée de nous-même.
Bref, notre main est à nous et elle nous le rend bien (on aura compris que ma réflexion mériterait d'être encore un peu travaillée). Quand on la décore, c'est avant tout pour le plaisir légèrement isolé de ses propres yeux. Ces minuscules parures peuvent voltiger devant le regard d'autrui, et ce sera comme un message secret, qu'il aura fallu vouloir saisir.
Donc je vais continuer à me désoler sur mes ongles cassés, n'en déplaisent aux gens qui n'apprécient guère ces subtilités.
samedi 2 février 2013
J'ai rêvé de F
J'ai rêvé de toi
Tu étais comme
Avant, quand j'étais
folle; beau, à l'époque
tu me faisais rêver.
Maintenant
tu es gros
Tes yeux sont
des coques
échouées.
Et je suis
moins
folle.
Tu étais comme
Avant, quand j'étais
folle; beau, à l'époque
tu me faisais rêver.
Maintenant
tu es gros
Tes yeux sont
des coques
échouées.
Et je suis
moins
folle.
mercredi 16 janvier 2013
L'alcool 1
L’alcool
Une stabilité dans un monde d’incertitude
Ce texte est le
premier d’une série, dans laquelle je chercherai à aller au fond de mon
alcoolisme.
J’aime l’alcool. Je suis peut-être même alcoolique : je
ne m’en cache pas. Il serait difficile de se le cacher, de toute façon. Je bois
quotidiennement, et jamais seulement l’unique consommation à laquelle les
médecins et les gens comme il faut voudraient que je m’astreigne. Je me
ressers, avec plaisir, et sans même qu’un pincement de culpabilité ne vienne
m’effleurer : j’aime être en boisson. J’aime être ivre. J’aime que ma tête
s’enfonce dans le coton, entraînant avec elle mes facultés cognitives et
articulatoires. J’aime à me saouler, donc.
Pourquoi?
Parce que la soulerie est une des seules formes de stabilité
que je connaisse.
Explicitons.
Ça commence par une prise de posture face au monde et à la
façon de l’appréhender, celle que la croyance ne peut précéder la science. Je
ne tenterai pas de développer une telle affirmation en système; ça dépasse de
beaucoup mes capacités rhétoriques (je pense que genre, Hegel puis Sartre l’ont
fait anyway.) Je peux tout de même dire ce qui motive le choix d’une telle
posture et les conséquences que ce choix entraîne.
Il y a bien sur le refus de Dieu. Quand on élimine la source
privilégiée de l’essence immanente des choses et des principes, ça implique
d’avoir à se remettre en face de nombres de questions inconfortables. La mort
redevient un inconnu et une finalité, parce que le principe scientifique n’aime
pas la spéculation.
Et justement, parce que la spéculation est dorénavant
considérée comme douteuse fait qu’une multitude de choses données comme
certaines ne le sont plus. Le seul fait de refuser la préséance de la croyance évacue
nombre de repères stables.
Par exemple, l’intelligence garantit le succès. Les hommes
et les femmes sont égaux en droits. L’homme est moralement bon. Le bien
l’emporte sur le mal. Ce sont des mythes, fondés par des croyances, étayés par
de la spéculation. Spéculation parce que soit l’examen des faits est trop complexe,
soit le seul fait de vouloir examiner ces croyances est trop subversif pour
l’ordre établi.
Bon, ça c’est les « grosses » questions. Mais
imaginez appliquer ce principe-là à la navigation de la vie quotidienne… Il n’y
a plus de certitudes que celles qui ont été dûment expérimentées.
Ce qui pose un autre problème.
Les évidences empiriques, au niveau de l’individu, sont généralement
anecdotiques. C’est-à-dire qu’un autre individu pourra avoir fait une expérience donnant des résultats
complètement différents. Sauf que ces expériences, échafaudées en connaissances
par l’individu qui veut se constituer une vision du monde, deviendront donc un
principe structurant de l’univers. Une croyance finalement. Que se passe-t-il
si ces croyances sont « mal ajustées » à la réalité de l’individu?
On ne s’en sort pas.
Si, d’une part, on refuse de fonder sa vision du monde sur des
croyances premières, parce que ça nous semble absurde, et que d’autre part, la
masse de connaissance qu’il faudrait pour s’en faire une idée claire est
tellement volumineuse qu’elle devient pratiquement impossible à acquérir, et
que le peu de celles qui ont été acquises sont finalement mal interprétées, sur
quoi s’appuyer ensuite?
L’ivresse est une expérience que j’ai répétée de multiples
fois. Je sais comment y accéder, comment la commencer, comment la finir,
comment l’appréhender. Je sais comment l’alcool me fera sentir, comment mon
corps va réagir. Je peux comparer
cet état prévisible à l’espèce de « normalité » toujours incertaine
et changeante du reste de ma vie. L’alcool est un réconfort, finalement, face à
un monde d’incertitude.
dimanche 16 décembre 2012
Joyeuses fêtes, je suis toute nue
C'est
difficile, d'être avec les autres. Je reste sidérée, que dis-je,
atterrée, quand j'y pense, face à l'absolue difficulté d'être
avec les autres, au point que ça me donne des idées morbides. Mon hébétude est encore plus grande quand je constate à quel point
mon prochain reste insensible face à cette difficulté du rapport. On
dirait que ça ne lui dérange pas, à mon prochain, d'être cantonné
dans les phrases convenues, limitées, celles qu'on dit parce que nos
pensées sont prisonnières du langage, qu'elles sont perverties par
lui, que le langage, loin d'être un véhicule de transmission, est
comme un moule astreignant, inconfortable, qui conditionne toutes nos tentatives d'expression sociale sauf exception (genre, une perfo), nous confine à la seule superficie que permettent
les petites phrases toutes faites de nos communications phatiques. Et
mon prochain, loin d'être aussi consterné que moi face à cette
limitation rigide des échanges, semble s'en repaître. Il la
recherche. Mon prochain et moi, même combat: moi aussi je volette
allègrement de fêtes en fêtes, et refuse rarement une occasion de
célébrer ma grégarité au profit d'une solitude sage, sereine,
tranquille, sans les dissonances paniquantes entre la pensée, la
parole, la réception, les intentions et implicites dans la réponse,
le décalage qui ne fait qu'augmenter entre la réflexion séminale
et la performance langagière des deux interlocuteurs. Sauf que le
lendemain, si je me suis commise sans prudence ou sans modération,
si l'écart communicationnel a été trop grand, j'ai l'impression
d'être rongée de l'intérieur. Je me demande si le fond de cette
aliénation ne serait pas un problème de déséquilibre des attentes
communicationnelles. Je suis désemparée quand il me semble essayer
de tendre à la vérité dans des échanges où mon interlocuteur
n'attend rien de moins que ça. J'ai fini par accepter, avec les
années, que lorsque les gens parlent c'est souvent pour entendre le
son de leur propre voix résonner dans une autre oreille, pas
nécessairement pour avoir un échange. Je fais la même chose
évidemment; sauf que moi j'ai encore de la misère à départager
les instances de communication, bref à appliquer une véritable
économie de la parole. Est-ce le moment d'être vrai ou d'être
léger? Si je décide de me commettre et de m'investir dans ce que je
dis, serai-je entendue ce coup-ci, où aurais-je gaspiller mes
ressources en vain? Suis-je toute seule dans ce cas?
Sans
doute pas. Ceci n'est pas pas la première complainte de
l'incommunicabilité que vous lisiez (ni que j'écrive). Mais à la
période des fêtes, une couche de malaise supplémentaire s'ajoute à
cet habituel inconfort mental, et rend la liqueur encore plus amère
à avaler.
Tout d'abord, durant les fêtes de fin d'année, les gens se sentent le
devoir de renouer avec la famille, comme si les liens du sang, étirés
à force d'indifférence, se retendaient d'un coup, ce qui peut
provoquer des chocs. Les modes de socialisations ont changés, depuis
le dernier siècle : l'éclatement de la famille, les
technologies de transport et de communication, la façon même
d'établir et de maintenir un rapport social. La notion de famille a
perdu son caractère sacré. C'est-à-dire qu'on ne se sent plus
l'obligé de sa parenté: on ne doit plus quelque chose à un
individu X parce qu'il est issu des mêmes ancêtres que nous. Cette
notion de devoir était selon moi le ciment de la valeur symbolique
des liens familiaux.J'ai vu une très bonne pièce de théâtre qui a
contribué à ma réflexions sur le sujet, Nom de Domaine, par Olivier Choinière. Certaines traditions nous
restent de ce temps où la parenté était le réseau social
primordial, dont celles des fêtes de fin d'années.
Depuis des années, ces réunions familiales me terrorisent. Littéralement.
Pourquoi? Je n'en ai pas encore une compréhension très claire. Ça
implique, évidement, cette difficulté d'être avec l'autre, dans ce
cirque de paroles, et aussi de pratiquer une économie langagière.
Mais je crois que la dissonance supplémentaire vient de cette valeur
symbolique de la famille qu'il faut respecter ou faire semblant de
respecter, alors qu'elle est vidée de la notion de devoir.
L'importance de la famille, ainsi évidée, devient inconséquente,
et donc absurde.
Si la plupart des gens que je connais réussissent à réconcilier ce système dichotomique,en ce qui me concerne il n'est pas loin de me plonger dans la psychose.
Là-dedans vient aussi jouer la notion d'identité. Ces gens, dont le lien avec moi est fondamental/dégagé de responsabilité, peuvent donc influer selon le même système sur l'idée que je me fais de moi-même. Ainsi, ils peuvent me blesser au plus profond de moi-même avec leur jugement, en raison de de leur importance symbolique, ils n'en seront pas tenu responsable, grâce à la levée de l'obligation de devoir envers la famille. C'est donc de me placer dans une situation très vulnérable si on ajoute en plus ma difficulté à appliquer une économie de la parole, bref, de me protéger de ce rapport en me cantonnant à la surface des choses.
C'est que je sens que je dois me commettre envers eux, mais qu'eux n'ont pas besoin de se commettre envers moi.
Évidement, ils sont dans le même cas vis-à-vis moi. Sauf qu'eux savent sans doute mieux jauger les instances de communications, parce que l'inégalité dans ce rapport social et communicationnel ne font pas en sorte qu'ils se retrouvent à pleurer en silence dans la baignoire.
Parce qu'il y a encore un aspect qui me rendent les réunions familiales délétères : l'idée que c'est le lieu et le moment de faire son bilan de l'année et de le présenter aux gens présents. Quelle réussites a-t-on faites? Comment avance-t-on dans son parcours professionnel/académique/personnel? Qui a eu les meilleures notes, les plus grosses promotions, les plus beaux voyages? Qui gagne au jeu de l'existence? Vous aurez compris, lecteurs, que je ne suis par un joueur conventionnel dans la game. Avec mes névroses et mes fragilités, j'avance plus lentement, et par des chemins plus tortueux. Mes cousins, eux, sont plus solides; ça avance vite dans la vie ces amis-là. Ou en tout cas, c'est capable d'en donner l'impression. Ils jouent la game comme il se doit. Moi je reste là, bien conne, avec l'idée que je dois me commettre avec eux, être intègre, me présenter telle quelle, sans artifices et sans fards, à leur jugement. Tsé quand je dis que j'ai de la difficulté à pratiquer une économie de la parole et de l'identité, c'est pas une figure de l'esprit.
Appliquons encore une fois le rapport fondamental/dégagé de responsabilité sur cette pratique, en plus d'une économie de la parole et de l'identité disfonctionnelle. Ça devient carrément infernal. Je m'expose à me mettre à nue devant des gens qui s'en foutent. Et en plus je manque d'ensoleillement.
Je peux composer avec tous ces problèmes séparément : aliénation, économie de la parole déficiente, rapport dichotomique avec la famille, fragilité identitaire, marginalité sociale, dépression saisonnière. Mais tous ensemble? Wô.
Une lueur d'espoir, toutefois, à la fin de cette année 2012 qui a été particulièrement intense pour moi.
J'ai beau être toute fragile, toute croche toute névrosée, je commence enfin à l'accepter. Oui, c'est moi, ça : un bum un peu désorganisé, sans talent pour le succès rapide, hypersensible, vulnérable face aux autres. Mais c'est correct. C'est qui je suis vraiment. Et vous pouvez me juger et me mépriser et me crier dessus comme des dératés mentaux si vous voulez : je suis contente de ce que je suis.
Je suis prête à me prêter au cirque des fêtes en famille, même si je vais me sentir toute nue. Au moins j'aurai le dos droit.
Si la plupart des gens que je connais réussissent à réconcilier ce système dichotomique,en ce qui me concerne il n'est pas loin de me plonger dans la psychose.
Là-dedans vient aussi jouer la notion d'identité. Ces gens, dont le lien avec moi est fondamental/dégagé de responsabilité, peuvent donc influer selon le même système sur l'idée que je me fais de moi-même. Ainsi, ils peuvent me blesser au plus profond de moi-même avec leur jugement, en raison de de leur importance symbolique, ils n'en seront pas tenu responsable, grâce à la levée de l'obligation de devoir envers la famille. C'est donc de me placer dans une situation très vulnérable si on ajoute en plus ma difficulté à appliquer une économie de la parole, bref, de me protéger de ce rapport en me cantonnant à la surface des choses.
C'est que je sens que je dois me commettre envers eux, mais qu'eux n'ont pas besoin de se commettre envers moi.
Évidement, ils sont dans le même cas vis-à-vis moi. Sauf qu'eux savent sans doute mieux jauger les instances de communications, parce que l'inégalité dans ce rapport social et communicationnel ne font pas en sorte qu'ils se retrouvent à pleurer en silence dans la baignoire.
Parce qu'il y a encore un aspect qui me rendent les réunions familiales délétères : l'idée que c'est le lieu et le moment de faire son bilan de l'année et de le présenter aux gens présents. Quelle réussites a-t-on faites? Comment avance-t-on dans son parcours professionnel/académique/personnel? Qui a eu les meilleures notes, les plus grosses promotions, les plus beaux voyages? Qui gagne au jeu de l'existence? Vous aurez compris, lecteurs, que je ne suis par un joueur conventionnel dans la game. Avec mes névroses et mes fragilités, j'avance plus lentement, et par des chemins plus tortueux. Mes cousins, eux, sont plus solides; ça avance vite dans la vie ces amis-là. Ou en tout cas, c'est capable d'en donner l'impression. Ils jouent la game comme il se doit. Moi je reste là, bien conne, avec l'idée que je dois me commettre avec eux, être intègre, me présenter telle quelle, sans artifices et sans fards, à leur jugement. Tsé quand je dis que j'ai de la difficulté à pratiquer une économie de la parole et de l'identité, c'est pas une figure de l'esprit.
Appliquons encore une fois le rapport fondamental/dégagé de responsabilité sur cette pratique, en plus d'une économie de la parole et de l'identité disfonctionnelle. Ça devient carrément infernal. Je m'expose à me mettre à nue devant des gens qui s'en foutent. Et en plus je manque d'ensoleillement.
Je peux composer avec tous ces problèmes séparément : aliénation, économie de la parole déficiente, rapport dichotomique avec la famille, fragilité identitaire, marginalité sociale, dépression saisonnière. Mais tous ensemble? Wô.
Une lueur d'espoir, toutefois, à la fin de cette année 2012 qui a été particulièrement intense pour moi.
J'ai beau être toute fragile, toute croche toute névrosée, je commence enfin à l'accepter. Oui, c'est moi, ça : un bum un peu désorganisé, sans talent pour le succès rapide, hypersensible, vulnérable face aux autres. Mais c'est correct. C'est qui je suis vraiment. Et vous pouvez me juger et me mépriser et me crier dessus comme des dératés mentaux si vous voulez : je suis contente de ce que je suis.
Je suis prête à me prêter au cirque des fêtes en famille, même si je vais me sentir toute nue. Au moins j'aurai le dos droit.
samedi 10 novembre 2012
Attendrissement 1
Attendrissement:
Dans le wagon du métro, une femme sans beauté, mais alors là absolument déparée en terme de charme et d'appât, dont le corps a abandonné toute prétention de tenue, qui cède absolument à la gravité, cet ingrat, après avoir été entretenu toutes ces années, un corps qui la lâche et s'enfuit d'elle de partout. Petit visage un peu blême, teint et cheveux couleur souris, nuance "inaperçu", une bouche mince, gourmée même, qui semble dire sa résignation entière pour son état de délitescence.
Et puis une petite étincelle de joie éclot dans ses yeux, ce qui lui redonne subitement de la couleur au visage: sur ses mains, elle enfile de mignons manchons de feutrine de laine, couleur grenat, ornés de rosettes fabriquée dans le même tissu sur le dos de la main. La lisière de cette mitaine au sens propre du terme lui arrive un peu après la naissance des doigts. C'est très joli. C'est coquet.
C'est la femme qui a gagné contre son corps.
Dans le wagon du métro, une femme sans beauté, mais alors là absolument déparée en terme de charme et d'appât, dont le corps a abandonné toute prétention de tenue, qui cède absolument à la gravité, cet ingrat, après avoir été entretenu toutes ces années, un corps qui la lâche et s'enfuit d'elle de partout. Petit visage un peu blême, teint et cheveux couleur souris, nuance "inaperçu", une bouche mince, gourmée même, qui semble dire sa résignation entière pour son état de délitescence.
Et puis une petite étincelle de joie éclot dans ses yeux, ce qui lui redonne subitement de la couleur au visage: sur ses mains, elle enfile de mignons manchons de feutrine de laine, couleur grenat, ornés de rosettes fabriquée dans le même tissu sur le dos de la main. La lisière de cette mitaine au sens propre du terme lui arrive un peu après la naissance des doigts. C'est très joli. C'est coquet.
C'est la femme qui a gagné contre son corps.
vendredi 9 novembre 2012
Viol 1
Je perce ta robe ambrée,
Ses déchirures sentent bon.
Je lacère tes dessous
blancs, mousseux.
Finalement j'accède
à ton cœur suprême;
tes jus explosent
sur ma langue,
ô savoureuse
orange.
Ses déchirures sentent bon.
Je lacère tes dessous
blancs, mousseux.
Finalement j'accède
à ton cœur suprême;
tes jus explosent
sur ma langue,
ô savoureuse
orange.
mardi 30 octobre 2012
Sonnet idiot
La chatte menue
piquée d'un vif attrait
pour l'odeur du cul
De courgette, était
donc fort attirée
par le fumet
qui se dégageait
du mouchoir souillé
Qui avait été jeté
dans la corbeille
puisqu'ayant torché
Son amie. Gentil
procédé, dont tu me gratifie
Et qui m'est expliqué.
Lettre à ma grand-mère
Chère grand-maman.
Je tiens tout de suite à préciser,à
l'égard des yeux indiscrets qui suivront cet échange, que je sais
que tu es morte depuis de nombreuse année et ne peux donc pas lire
cette lettre. Tu es morte quand j'avais environs deux ans, et on t'as
enterrée au pied du grand chêne, sur le terrain arrière de mes
parents, à Pincourt. J'ai souvent rêvé sur ta tombe, en essayant
de m'imaginer quel genre de personne tu étais. Ce qu'on aurait pu se
dire, ce que nous aurions pu vivre ensemble, nos rires, nos jeux, nos
après-midi, nos confidences. Je n'ai aucun souvenir de toi, et tu as
dû en emporter très peu de moi avec toi.
En fait, j'ai tout à fait conscience
de n'adresser à un destinataire idéal, pour ne pas dire carrément
abstrait, mais le procédé marche tout de même, et il me fait du
bien.
Chère grand-maman, en mourant, tu nous
a légué, à chacune des cousines, une jolie chaîne torsadée en or
de plusieurs carats (j'oublie combien). Cela se voulait un héritage, et aussi un gage de sûreté
pour l'avenir, un petit à côté pour un malheur éventuel. Malgré
tout, je m'y suis beaucoup attachée, d'abord parce que c'est un très
bel objet, et aussi parce que c'est tout ce qui me reste de toi. J'y
ai investi beaucoup d'amour, un amour fait d'une nostalgie pour des
moments jamais vécu.
Chère grand-maman, tu ne te doutais
sûrement pas que ta petite fille tournerait comme ça. Ton fils et
ta belle-fille non plus, en fait, mais j'ai l'impression qu'ils ont
abandonné depuis longtemps. C'est peut-être de la projection de ma
part, mais je crois qu'ils ont laissé tombés tout espoir pour moi,
et qu'ils ne croient plus du tout en leur fille. Tu sais, ils m'aident quand même, mais je sens que cela leur pèse. Que c'est un devoir qu'ils regrettent. C'est parce que tu
vois, ma Suzelle, leur fille a des vices. D'abord, il y a la maladie
mentale. Un observateur en tiers, qui aurait un minimum de compassion
et de connaissances médicales, pourrait objecter que ce serait
plutôt injuste de m'en faire un tort. Mais, grand-mère, tu sais que
dans ma famille, on est censé triompher de soi-même et de prendre
la responsabilité de ce qui nous arrive, même si c'est hors de
notre contrôle. Il est vrai que je pourrais mieux m'occuper de
moi-même. M'établir une hygiène de vie spartiate : des heures
de sommeil régulière, pas d'alcool ni d'autres substances, un
régime sain et sans extravagances, beaucoup d'exercice. Tout cela
contribuerait non seulement à ma santé mentale mais aussi à me
forger un caractère adulte, responsable, de personne capable de se
contraindre à des choses un peu difficiles mais payantes et à
remettre les plaisirs à plus tard.
Ensuite, j'ai une réelle tendance à
la paresse. Je suis un tempérament artiste, il faut croire :
rien ne me délecte plus que de flâner, laisser couler les heures en
contemplation, lire longtemps au lit ou allongée, rester nue avec
mon amour.
En troisième lieu, j'ai aussi le vice
de la gloutonnerie. Je suis épicurienne. J'aime consommer. Les
bonnes choses à manger, à boire, à regarder, à porter.
Enfin, je n'aime pas beaucoup le
travail. C'est ma plus grande honte. On pourrait développer sur le
rapport émotif compliqué que j'entretiens vis à vis de la notion de contraintes, comment ça remonte à la peine que j'avais de voir ma
mère tellement harassée par son emploi à elle. On pourrait aussi
me dédouaner un peu de ma part de responsabilité en la chose, en
disant qu'en matière d'emplois, je n'ai jusqu'à présent vraiment
pas eu de chances jusqu'à présent. Si on voulait vraiment être
exact, on tenterait d'établir des liens dynamiques entre ces divers
enjeux ainsi que d'autres (sur lesquels je ne m'étendrai pas dans
cette lettre dans l'intérêt de la concision), voir comment ma
sociabilité défectueuse, la hargne ressentie lorsque devant
accomplir des tâches sous l'autorité d'un supérieur hiérarchique
quelconque, l'angoisse provoquée par les souvenirs susmentionnés et
ces divers facteurs ont contribué à mon peu de succès dans le
monde du travail. Mais, encore une fois, ce serait des
justifications trop faciles. Il n'en tient qu'à moi, n'est-ce pas,
de me réformer, de devenir une bonne employée modèle, pliante,
ardue à la tâche, qui satisfait tout le monde, qui est appréciée
de ses collègues. Ou bien d'être une travailleuse indépendante,
fonceuse, innovante, acharnée, zélée.
La vérité est que je ne suis sans
aucun doute pas fait pour les emplois humiliants (ils ne le sont pas
tous, je ne voudrais pas que tu infères une telle généralité de
mes paroles) et que je ne suis peut être pas encore assez mature
pour être cette jeune femme entreprenante et productive.
Toutefois grand-maman, je sais que
c'est étrange mais, malgré un portait si noir de mes aptitudes au
travail, je commence à croire tout doucement que j'ai peut-être du
talent. Et de l'avenir. Je suis encore toute étonnée de n'avoir pas
sombré plus tôt dans la catastrophe. Encore plus de voir que je
suis capable de produire avec une relative facilité des textes d'une
relative qualité. C'est un début, non? Il faut bien commencer
quelque part, non? Même si on s'est un peu attardée en cours de
route?
Mais enfin. J'ai honte, grand-maman. Je
pouvais être plus adulte. Mieux gérer les choses. Mais je n'ai pas
l'habitude du bonheur, et je me suis laissée vivre en me permettant
tous les plaisirs, en ignorant la petite voix rationnelle qui me
disait de faire attention, de me restreindre, de penser à demain.
Je suis désolée, grand-maman. Je dois
aller vendre ton beau collier à un bijoutier qui ne m'en donnera sans
doute que la fraction de sa valeur réelle. Et je ne saurai pas ou n'oserai pas
marchander. Tout ça pour payer le loyer. Que j'avais. Que je n'ai
plus.
Je pleure à chaudes larmes,
grand-maman, parce que je ne t'ai jamais eue. Tout ce que j'avais de
toi était ce bijou. Ce n'est qu'un objet et les objets ne devraient
pas remplacer les souvenirs. Mais voilà, de souvenirs, il n'y en
avait pas. Tout mon rapport avec toi s'articulait autour de cette
torsade d'or, noyau gravitationnel de mes songes et de mes fantasmes
d'enfant qui rêvait de sa grand maman morte. Je pleure aussi de
honte d'avoir à donner ce collier pour payer mon loyer. Parce que je
suis une irresponsable.
Demain, si le contrat n'est toujours
pas encore rentré (et ce encore par ma faute, puisque j'ai tant
tardé à le signer), j'irai tenter de vendre mes manteaux de
fourrure. Il y aura une certaine ironie à la chose. Ce sera à
l'Halloween que j'irai vendre mes oripeaux de jeune femme qui se
déguisait en élégante. L'allégorie me plaît. Si j'étais moins
pressée par le temps et les soucis d'argent, je l'aurais
retravaillé, cette image. Je dois avouer que j'ai pas le cœur à ciseler des images. Je subis en ce moment le contrecoups émotif du
sacrifice amer que j'aurai à faire bientôt, et je n'ai que moi à
blâmer. Car si je n'obtiens pas la
balance du terme, je devrai me départir de la seule petite chose que
tu m'aie laissée en propre.
Ou sinon, je devrai ravaler mon humiliation et redemander de l'argent à mon père.
Je t'aime, grand-maman.
Adieu.
Ta petite fille,
-G
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